Les bushinengués, les insoumis de l'Amazonie

Il existe 6 communautés bushinengués en Guyane: Aluku, N'djuka, Pamaka, Saramaka, Kwinti, Matawaï, et encore davantage au Surinam. La plupart d'entre eux ont résisté à l'esclavage en quittant l'exploitation, les sévices et les conditions de vie sordides des plantations hollandaises du Surinam. Ils ont risqué leur vie en s'échappant vers l'inconnu. La forêt amazonienne était un environnement nouveau qu'ils ne maîtrisaient pas et pourtant non seulement ils ont survécu, non seulement ils ont développé des langues et des pratiques qui leurs sont propres, mais en plus, en seulement quelques années ils ont réussi à répandre leur culture au-delà de leurs lointains villages.

Bien sûr au début ils ont bénéficié de l'aide des amérindiens qui leur ont appris à bâtir des carbets avec les matériaux amazoniens, à naviguer dans les sauts (rapides), à fabriquer le couac et le wassaï, à pêcher avec des plantes toxiques et tant d'autres précieux savoirs-faire. Aujourd'hui de la rivière Tapanahoni à Paramaribo, en passant par la rivière Lawa et Saint Laurent du Maroni, les peuples bushinengués dominent les langues officielles hollandaises et françaises. Ils pérennisent également les fondements séculaires qui définissent leur identité africaine. Ils réussissent même à populariser leur culture à travers la musique, la danse, leurs tenues traditionnelles et l'art Tembé.

Ils commencent également à être représentés dans toutes les sphères de la société guyanaise, que ce soit politique, intellectuelle, sportive, culinaire ou encore beauté (miss Guyane 2019-2020). Il n'y a pas beaucoup de peuples africains déportés qui démontrent un tel degré d'ancrage dans ses racines africaines ! Chaque année au Surinam, le 1er juillet commémore l'émancipation des africains en 1873. Appelée "Keti Koti" qui signifie chaînes brisées, la célébration de l'abolition de l'esclavage au Surinam est spectaculaire: feux d'artifice, parades, fêtes en plein air, barbecue géant, foule en liesse dans la rue, tenue bushinengué et coiffures traditionnelles, élection de miss. Si vous avez des proches bushinengués, aujourd'hui est la date idéale pour leur témoigner votre admiration pour la vaillance de leurs ancêtres et pour fêter avec eux l'anniversaire mérité d'un peuple insoumis !

Photos du photographe Gerno Odang

Safia Enjoylife

Catégories: Chroniques

fondatrice de Grandeurnoire

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